Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

 

4ème de couverture

« Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXème siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d’un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Chœur vibrant, leurs voix s’élèvent pour raconter l’exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l’humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l’oubli ».

 

L’auteur

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art à l’université de Yale, elle abandonne finalement la peinture pour se consacrer entièrement à l’écriture. Son premier roman, Quand l’empereur était un dieu, est largement inspiré de la vie de ses grands-parents et a été primé de très nombreuses fois. Son deuxième roman, Certaines n’avaient jamais vu la mer, a été considéré aux Etats-Unis comme un véritable chef-d’œuvre. Il fut par ailleurs récompensé, entre autres, par le prix Femina étranger dès sa parution en France.

 

Ce que j’en pense

J’ai lu ce roman en lecture commune avec Denis. La première chose qui nous interpellé, c’est le titre. Ou plutôt « les » titres. En effet, le titre de ce roman en anglais est The Buddha in the Attic. Rien à avoir avec Certaines n’avaient jamais vu la mer. Pourquoi une telle dissemblance ? Erreur de traduction ? Pas du tout. En fait, on comprend mieux la raison de ce choix en lisant le livre. La référence à Bouddha est aisée, c’est la religion de ces femmes, leur référence à Bouddha est récurrente. C’est leur point de ralliement, la boussole dans leurs vies désolées. Cette référence à la religion cadre mieux avec la mentalité américaine, qui fait référence à Dieu (y compris les hommes politiques). Les américains sont plus réceptifs au sacré. En revanche, le titre français, lui, fait plus référence aux femmes dans le sens où elles étaient pour la plupart très novices, très innocentes, de vraies victimes potentielles en quelque sorte. Si on comprend mieux le rattachement à cette notion par rapport à notre société portée sur la liberté, la connaissance et l’émancipation de la femme, on ne peut que bondir : c’est terriblement réducteur que de penser que les femmes sont des proies faciles pour des hommes sans scrupules. Et pourtant… c’est tout à fait ça. Et dans notre société, et dans ce court roman.

La lecture de ce livre est à la fois simple et complexe. C’est la mise en lumière d’une partie sombre de l’histoire américaine, lorsque les japonais servaient de main-d’œuvre à bas-prix (gratuite en fait). On se servait d’eux, d’elles. Ce livre est le récit de cette réification de la femme (femme réduite à un objet).

En effet, dès le début, nous comprenons que des centaines (des milliers ?) de femmes partiront pour les Etats-Unis afin de se marier. Elles sont convaincues que le sacrifice de leur départ, parfois même en laissant un enfant derrière elle, vaut le coup parce qu’elles vont épouser de riches hommes d’affaires, des hommes « biens ». Or, il n’en est rien. Elles ont été vendues à des agriculteurs, à des hommes violents, à des hommes biens mais pauvres… On leur a menti. Leur vie sera pour la plupart un calvaire. Pour d’autres cela se passera mieux.

Pourquoi ce livre est complexe puisque c’est la simple histoire immémoriale de l’humanité, le plus fort contre le plus faible ? Parce que l’auteur a pris le parti d’unir les voix de ces femmes en une seule et unique : « Nous ». Tout au long du roman, l’auteur s’exprime à la première personne du pluriel pour désigner ces victimes. Elles sont anonymes même si des prénoms surgiront, ça et là. A la manière des tragédies grecques, du chœur dans les drames de Sophocle, Julie Otsuka nous livre un texte incantatoire (mot très justement mentionné sur la 4ème de couverture). Ce chant vibrant comme ceux des esclaves à une époque pas si éloignée, cette rengaine entêtante qui envahit et… qui finit par lasser.

C’est bien sympa un moment, mais l’absence de personnage à qui se raccrocher finit par devenir soporifique. Un chapitre toutefois donne une claque. Et pas petite la claque. Rien que pour ce chapitre, ce livre devrait être lu. Encore plus en ce moment avec la situation politique mondiale et nationale.

Ce chapitre est celui intitulé « Traîtres ». C’est l’aspect politique du livre. Et ce qui m’a choquée, interpellée (vous comprenez l’idée générale), c’est cette répétition extraordinairement horrible de l’histoire :

 

« Et nous nous sommes demandé pourquoi nous avions si longtemps tenu à conserver ce mode de vie étranger. Nous leur avons inspiré la haine » (page 96).

 

« Dans les journaux et à la radio, on commençait à parler de déportation de masse » (page 102).

 

Ca vous rappelle pas quelque chose par hasard ?

L’auteur a-t-elle volontairement écrit ces mots pour la seule période américano-japonaise ou pour l’histoire mondiale ? Je ne sais pas. Elle seule peut le dire. Néanmoins, cela fait froid dans le dos.

Ce livre n’est pas parfait. Il peut être agaçant, laisser sur sa faim. Mais il aura au moins le mérite de mettre l’accent sur ce dont l’Homme est capable dans toute son horreur.

 

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis, mon comparse de LC. J’en profite pour le remercier, c’est un réel plaisir que d’échanger avec lui sur nos lectures.

Pour lire son avis, c’est par ici !  😀

 

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3 réflexions sur “Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

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