Le mois américain 2017

Le mois américain 2017

 

Comme chaque année, Titine nous invite en Amérique pour le Mois américain. Du 1er au 30 septembre, nous découvrirons des livres, BD, films… américains.

Je n’ai pas de PAL précise, mais certains livres seront communs au Pumpkin Autumn Challenge et aux LC avec Denis.

  • The Girls, Emma Cline (LC)
  • California Girls (LC ?)
  • Sunshine, Tomes 2 et 3, Paige Mackenzie
  • Hollow City, Miss Peregrine et les enfants particuliers tome 2
  • Fille des cauchemars tomes 1 et 2, Kendare Blake
  • Prête à tout, Joyce Maynard
  • Amelia, Kimberly McCreight
  • Outliers, Kimberly McCreight
  • Les proies, Thomas Cullinan
  • L’épouvanteur tome 1, J. Delaney
  • Simetière, Stephen King

 

Cette PAL est non exhaustive, et je ne pense pas tout lire. Quoique pourquoi pas, sur un malentendu… 😀

Je n’ai tenu compte que des livres à thématiques Halloween à l’exception de deux. Si je sors vraiment toute ma PAL américaine, Titine ne s’en remettra pas 😀 Je laisse cette responsabilité à Belette 😀

 

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Sukkwan Island, David Vann

Sukkwan Island, David Vann

 

4ème de couverture

« Le monde à l’origine était un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. »

« Une île sauvage de l’Alaska, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim emmène son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs, il voit là l’occasion d’un nouveau départ. Mais le séjour se transforme vite en cauchemar… 

Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable, une expérience littéraire inoubliable ».

 

Prix Médicis étranger

Prix des Lecteurs de l’Express

 

L’auteur

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska. Il a travaillé à l’écriture de son premier roman Sukkwan Island, pendant plus de dix ans. Publié en France en 2010, ce livre a obtenu le Prix Médicis étranger et est aujourd’hui traduit en quinze langues dans plus de cinquante pays.

 

Ce que j’en pense

Magistral. Ce livre est tout bonnement magistral.

David Vann sait surprendre son lecteur, l’emmener dans hors des sentiers battus. Ce livre vous prend aux tripes et vous donne une claque dont vous vous souviendrez !

En commençant ce livre, je m’attendais à une histoire limite banale de relation père-fils bancale qui s’améliore dans l’écrin glacial d’un coin paumé d’Alaska. Je m’attendais à un récit à la Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie.

En-dehors de l’isolement et des températures, oubliez de suite la comparaison. Ces livres ne sont pas comparables.

Côté écriture, David Vann à la plume fluide, vous tournez les pages à grande vitesse, déjà parce que ça se lit bien et puis… l’histoire.

J’ai lu ce livre en lecture commune avec Denis. Nous avons pour principe de nous fixer un nombre de pages ou de chapitres par jour. Je peux vous assurer qu’il m’a été impossible à partir de la moitié de tenir tant le suspense est à son comble. Quant à la fin de la dernière partie, je n’ai pas honte de dire qu’elle m’a laissée sur le c…

Les personnages sont travaillés dans la minutie de leur caractère. On sent les fêlures, les manques, la détresse, la douleur, la solitude.

Le roman est découpé en deux parties qui sont réparties équitablement, si j’ose dire, entre le père et le fils. David Vann a choisi une manière très habile de découper ces parties. Dans la première, on ne connaît que le prénom du fils Roy, qui sera le héros de ces mésaventures. Un garçon courageux, qui, par la force des choses, deviendra adulte, le père de son père.

Ce dernier, dont on ne connaîtra l’identité qu’en fin de première partie dans une transition savamment orchestrée est un père déficient, dont le cerveau, passez-moi l’expression, réside derrière sa braguette. Il est égoïste, égocentré, père absent, dépressif et suicidaire. Le père parfait quoi ! (ceci est de l’ironie, on est d’accord).

Certes, tout n’est pas parfait, et le texte souffre de quelques longueurs. Après avoir reposé le roman et pris le temps d’assimiler le coup de tonnerre de cette lecture, je me suis dit qu’en réalité, les longueurs reflètent le temps qui passe lentement et l’ennui profond de se retrouver dans un coin aussi isolé, sans rien d’autre comme compagnes que la solitude et la peur.

Un troisième personnage, si on peut l’appeler comme ça, est omniprésent dans tout le roman. Ketchikan, leur lieu de vie. Répété inlassablement il fait partie des lieux comme un compagnon qui permet de supporter l’isolement, un rempart contre la rudesse et un lien avec la vie d’avant… et l’espoir d’y retourner au bout de cette longue année.

On se demande rapidement où David Vann veut nous mener. Un peu comme Roy qui se demande ce qu’il fout là, au milieu de nulle part, avec un père absent avec qui il a du mal à communiquer. On somnole un peu au détour de quelques pages, comme les personnages trompent l’ennui dans les bras de Morphée.

Et puis…

Vous prenez la claque.

Ce livre, âpre et dur reste à ce jour certainement ma meilleure lecture de l’année 2016. Et peut-être même une de mes meilleures lectures de ces dernières années.

 

Coup de coeur !

 

Ce livre participe à la lecture commune avec Denis, avec qui nous avons partagé le même coup de cœur pour cette histoire . Pour lire son avis c’est par ici !

 

Ce livre participe aux Challenges

Le mois américain is back !

Plan ORSEC 2016

3890

 

 

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

 

4ème de couverture

« Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXème siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d’un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Chœur vibrant, leurs voix s’élèvent pour raconter l’exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l’humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l’oubli ».

 

L’auteur

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art à l’université de Yale, elle abandonne finalement la peinture pour se consacrer entièrement à l’écriture. Son premier roman, Quand l’empereur était un dieu, est largement inspiré de la vie de ses grands-parents et a été primé de très nombreuses fois. Son deuxième roman, Certaines n’avaient jamais vu la mer, a été considéré aux Etats-Unis comme un véritable chef-d’œuvre. Il fut par ailleurs récompensé, entre autres, par le prix Femina étranger dès sa parution en France.

 

Ce que j’en pense

J’ai lu ce roman en lecture commune avec Denis. La première chose qui nous interpellé, c’est le titre. Ou plutôt « les » titres. En effet, le titre de ce roman en anglais est The Buddha in the Attic. Rien à avoir avec Certaines n’avaient jamais vu la mer. Pourquoi une telle dissemblance ? Erreur de traduction ? Pas du tout. En fait, on comprend mieux la raison de ce choix en lisant le livre. La référence à Bouddha est aisée, c’est la religion de ces femmes, leur référence à Bouddha est récurrente. C’est leur point de ralliement, la boussole dans leurs vies désolées. Cette référence à la religion cadre mieux avec la mentalité américaine, qui fait référence à Dieu (y compris les hommes politiques). Les américains sont plus réceptifs au sacré. En revanche, le titre français, lui, fait plus référence aux femmes dans le sens où elles étaient pour la plupart très novices, très innocentes, de vraies victimes potentielles en quelque sorte. Si on comprend mieux le rattachement à cette notion par rapport à notre société portée sur la liberté, la connaissance et l’émancipation de la femme, on ne peut que bondir : c’est terriblement réducteur que de penser que les femmes sont des proies faciles pour des hommes sans scrupules. Et pourtant… c’est tout à fait ça. Et dans notre société, et dans ce court roman.

La lecture de ce livre est à la fois simple et complexe. C’est la mise en lumière d’une partie sombre de l’histoire américaine, lorsque les japonais servaient de main-d’œuvre à bas-prix (gratuite en fait). On se servait d’eux, d’elles. Ce livre est le récit de cette réification de la femme (femme réduite à un objet).

En effet, dès le début, nous comprenons que des centaines (des milliers ?) de femmes partiront pour les Etats-Unis afin de se marier. Elles sont convaincues que le sacrifice de leur départ, parfois même en laissant un enfant derrière elle, vaut le coup parce qu’elles vont épouser de riches hommes d’affaires, des hommes « biens ». Or, il n’en est rien. Elles ont été vendues à des agriculteurs, à des hommes violents, à des hommes biens mais pauvres… On leur a menti. Leur vie sera pour la plupart un calvaire. Pour d’autres cela se passera mieux.

Pourquoi ce livre est complexe puisque c’est la simple histoire immémoriale de l’humanité, le plus fort contre le plus faible ? Parce que l’auteur a pris le parti d’unir les voix de ces femmes en une seule et unique : « Nous ». Tout au long du roman, l’auteur s’exprime à la première personne du pluriel pour désigner ces victimes. Elles sont anonymes même si des prénoms surgiront, ça et là. A la manière des tragédies grecques, du chœur dans les drames de Sophocle, Julie Otsuka nous livre un texte incantatoire (mot très justement mentionné sur la 4ème de couverture). Ce chant vibrant comme ceux des esclaves à une époque pas si éloignée, cette rengaine entêtante qui envahit et… qui finit par lasser.

C’est bien sympa un moment, mais l’absence de personnage à qui se raccrocher finit par devenir soporifique. Un chapitre toutefois donne une claque. Et pas petite la claque. Rien que pour ce chapitre, ce livre devrait être lu. Encore plus en ce moment avec la situation politique mondiale et nationale.

Ce chapitre est celui intitulé « Traîtres ». C’est l’aspect politique du livre. Et ce qui m’a choquée, interpellée (vous comprenez l’idée générale), c’est cette répétition extraordinairement horrible de l’histoire :

 

« Et nous nous sommes demandé pourquoi nous avions si longtemps tenu à conserver ce mode de vie étranger. Nous leur avons inspiré la haine » (page 96).

 

« Dans les journaux et à la radio, on commençait à parler de déportation de masse » (page 102).

 

Ca vous rappelle pas quelque chose par hasard ?

L’auteur a-t-elle volontairement écrit ces mots pour la seule période américano-japonaise ou pour l’histoire mondiale ? Je ne sais pas. Elle seule peut le dire. Néanmoins, cela fait froid dans le dos.

Ce livre n’est pas parfait. Il peut être agaçant, laisser sur sa faim. Mais il aura au moins le mérite de mettre l’accent sur ce dont l’Homme est capable dans toute son horreur.

 

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis, mon comparse de LC. J’en profite pour le remercier, c’est un réel plaisir que d’échanger avec lui sur nos lectures.

Pour lire son avis, c’est par ici !  😀

 

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