Le maître des illusions, Donna Tartt

Le maître des illusions, Donna Tartt, Chroniques Littéraires, Pocket, Winter

4ème de couverture

« Fuyant sa Californie natale, bourse en poche, Richard doit son entrée à l’université de Hampden, dans le Vermont, à son opportunisme bien plus qu’à son talent. Prêt à tout pour arriver haut, et vite, le voilà introduit dans la classe du professeur Julian, vouée à l’étude des Anciens, grecs et latins. Bastion de savoir et de snobisme, la petite communauté vit en vase clos, avec deux mots d’ordre : discipline et secret.

Très vite, Richard devine sous le vernis des apparences une tache indélébile, du rouge le plus sombre. Tout ici n’est que vice, secret, trahison, manipulation… ».

 

L’auteur

Née à Greenwood, dans le Mississippi, Donna Tartt a fait ses études au Bennington College, dans le Vermont. Elle est l’auteur du Maître des illusions et du Petit Copain, qui ont été traduits dans plus de trente pays. Son dernier roman, Le Chardonneret, récompensé par le prix Pulitzer, a paru en France en 2014 aux Editions Plon.

 

Ce que j’en pense

Ce roman est sans conteste un des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers mois. On peut être effrayé par le pavé qu’il constitue, mais détrompez-vous, il se lit avec une facilité déconcertante. La plume de Donna Tartt est fluide, son talent de conteuse évident.

Chaque détail qui pourrait paraître superflu dans une autre histoire avec un autre auteur prend toute son importance dans le récit. A la façon d’un Stephen King ou d’un Joël Dicker, même une simple marche vers un pub devient partie intégrante de l’histoire pour comprendre la psychologie du / des personnage(s).

Un vrai avantage pour un roman fouillé, dense, détaillé, précis comme une horloge.

La thématique est simple : un étudiant fauché, une université et son atmosphère toute américaine, le campus, les étudiants snobs et l’élitisme d’un professeur. Professeur ovni s’il en est, qui sélectionne ses élèves comme des élus, en faisant des êtres à part, une sorte de confrérie secrète à l’intellect bien construit.

Mais quand l’arrivisme rencontre le secret, le mensonge, quand la volonté de se hisser dans les hautes sphères rencontre l’absence totale d’humanité, le décompte est lancé pour une chute vertigineuse et inéluctable.

Un meurtre va être commis. Entre vengeance, préservation des privilèges, indifférence, prise de conscience et culpabilité, le cocktail détonnant qui va faire imploser les acquis, les certitudes et surtout… faire tomber les masques.

Car le mensonge et la manipulation constituent la toile de fond de ce roman magistral.

On pardonnera volontiers à l’autrice un certain relâchement sur la fin pour clôturer cette histoire sombre et hypnotique. J’aurais apprécié que certains personnages soient plus détaillés et que certaines facilités pour terminer l’œuvre ne soient pas empruntées. Toutefois, pour un premier roman de cette ampleur on peut considérer que le job est fait et bien fait.

Un premier roman magistral que je vous recommande.

 

Coup de coeur !

 

Note : le titre original en anglais « The secret History » semble mieux correspondre à l’histoire de ces étudiants, tandis que la traduction française « Le maître des illusions » semble davantage faire référence au professeur énigmatique Julian.

 

Ce livre a été lu en LC avec Denis Lecomte, mon fidèle comparse de lecture. Encore d’excellents moments de partage et une belle découverte livresque commune.

 

Le maître des illusions, Donna Tartt, Chroniques Littéraires, Pocket, Winter

Le maître des illusions, Donna Tartt

(Pocket – 791 pages – 2014)

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Alien

Titre original : The secret History

Editions Plon 1993

 

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Le problème Spinoza, Irvin Yalom

Le problème Spinoza, Irvin Yalom; Chroniques littéraires, Spinoza

 

4ème de couverture

« Amsterdam, février 1941. Le Reichsleiter Rosenberg, chargé de la confiscation des biens culturels des juifs dans les territoires occupés, fait main basse sur la bibliothèque de Baruch Spinoza.

Qui était donc de philosophe, excommunié en 1656 par la communauté juive d’Amsterdam et banni de sa propre famille, pour, trois siècles après sa mort, exercer une telle fascination sur l’idéologue du parti nazi ?

Irvin Yalom, l’auteur de Et Nietzsche a pleuré, explore la vie intérieure de Spinoza, inventeur d’une éthique de la joie, qui influença des générations de penseurs. Il cherche aussi à comprendre Alfred Rosenberg, qui joua un rôle décisif dans l’extermination des juifs d’Europe ».

 

L’auteur

Professeur émérite de psychiatrie à Stanford, Irvin Yalom est l’auteur, entre fiction, philosophie et psychothérapie, de nombreux essais, romans ou récits, best-sellers dans le monde entier, dont la Méthode Schopenhauer, Le Bourreau de l’amour, Le Jardin d’Epicure, En plein cœur de la nuit, Le Problème Spinoza (lauréat du Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2014), ou encore Créatures d’un jour.

 

Ce que j’en pense

Ce livre est assurément l’un de mes coups de cœur de cette année.

L’auteur nous entraîne dans la découverte de deux figures de l’Histoire : Spinoza, un pilier de la philosophie, et Rosenberg, connu pour son œuvre dans la triste Histoire de l’extermination des juifs.

 

Que peut relier ces deux hommes dont l’auteur a voulu dresser le portrait en parallèle ?

 

La philosophie, la pensée, la force des convictions et l’ancrage dans leur décision de faire valoir leur idée sans se faire influencer par celles des autres. Le seul point commun que l’on peut trouver à ces deux hommes est d’avoir décidé de ne pas cacher leurs convictions. Ils étaient « habités ».

Une sorte de possession qui les abstrait de toute possibilité de s’en faire détourner. Pour le meilleur et pour le pire.

Spinoza fascine Rosenberg non pas parce qu’il est d’accord avec lui mais parce que précisément il ne le comprend pas. Au sens littéral du terme.

On ressent le mur de l’incompréhension lorsque nous ne partageons pas les idées de l’autre et que nous sommes convaincus d’avoir raison, une sorte de pensée unique et victorieuse.

Ce livre nous montre la force des convictions avec la liberté qu’elle donne mais aussi avec les conséquences que cela peut emporter.

Et finalement, ce que l’on peut aussi retenir, c’est que le mécanisme de pensée, qu’il nous pousse au bien ou qu’il nous pousse au mal, est le même dès lors que nous sommes déterminés.

Cela montre aussi la dualité de la force de conviction. Et l’absence totale d’ouverture à l’autre.

 

Ce livre est en fait tellement foisonnant qu’il est impossible d’en retracer l’exact impact.

Chacun le ressentira à sa façon puisque les convictions sont totalement subjectives.

Nous serons aussi touchés, ou pas, par les notions philosophiques développées, comme la croyance en l’existence d’un Dieu, la valeur de la vertu, le sentiment d’isolement.

Nous aurons aussi envie de découvrir tous ces philosophes, toutes ces œuvres.

 

Mais ce qui marque aussi dans ce livre, c’est la plume fluide de l’auteur, qui arrive, en dépit de l’abondance d’informations, à rendre la lecture facile et addictive.

Un livre que je vous recommande.

 

Coup de coeur !

 

 

Le problème Spinoza, Irvin Yalom, Chroniques littéraires

Le problème Spinoza d’Irvin Yalom

(Le Livre de Poche – 544 pages – décembre 2014)

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvette Gleize

Titre original : The Spinoza Problem (2012)

Première édition française : 2012 (Gaalade Editions)

(Prix des Lecteurs – Le Livre de Poche)

 

Ce livre a été lu en LC avec Denis, mon comparse de lecture. Merci à toi pour tous ces moments de partage.

 

Avec un peu d’avance, ce livre participe au Challenge Le mois américain 2018

Le mois américain, Chroniques littéraires

Les petites filles, Julie Ewa

Les petites filles, Julie Ewa

 

4ème de couverture

« Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di, en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions (de petites filles essentiellement) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place. Elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle se sent prise au piège. Réseaux d’adoption clandestins, mafia chinoise, trafics d’organes, prostitution… Oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant qui nous conduit au cœur d’une Chine cynique et corrompue, où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter ».

 

L’auteur

Diplômée en philosophie, Julie Ewa est née en 1991 à Altkirch en Alsace. Avec son premier roman, Le Bras du diable, elle remporte le grand prix VSD du polar 2012, décerné par Jean-Christophe Grangé. Son deuxième roman, Les Petites Filles, paru aux éditions Albin Michel, a reçu le Prix du polar historique en 2016.

 

Ce que j’en pense

La Chine, ses rizières, ses paysages de cartes postales, ses coutumes ancestrales…  c’est beau, non ?

Julie Ewa, dans un thriller implacable, va nous démontrer le contraire, et nous mettre face à l’insoutenable.

Une plume alerte, de courts chapitres alternants sur deux époques, 1991 et 2013, nous entraînent dans une histoire stupéfiante, et pourtant basée sur la stricte réalité.

Les petites filles, c’est le récit de la disparition d’une fillette en 1991, dans une Chine où il vaut mieux naître garçon. C’est la loi. Et nombreux sont ceux qui tentent de la transgresser tandis que d’autres lui obéissent à la lettre, se débarrassant coûte que coûte de ces enfants encombrantes.

 

« Les filles sont nées pour souffrir, dommage qu’elles ne soient pas des garçons » Xinran.

 

Charmant, non ?

Malheur à la femme qui mettra au monde un enfant de sexe féminin !

 

« Tu sais ce que tout le monde dit : les filles sont inutiles, elles n’attirent que des ennuis. Une fille est un morceau de chair superflu. Une fille n’est rien » (page 33).

 

Chi-Ni disparaît en 1991, et sa mère fera tout ce qu’elle peut pour la retrouver. Une sombre histoire de Mafia, un père abominable. Où est-elle ? Julie Ewa nous tient en haleine.

En parallèle, Lina arrive pour ses études. A peine est-elle arrivée qu’elle est « recrutée » pour mener l’enquête sur ces mystérieuses disparitions de fillettes. Nous sommes en 2013.

L’auteur brouille les pistes : nous soupçonnons tout le monde. Prostitution enfantine ? Adoptions à l’étranger ? Qui est réellement Lina ? Et Thomas, est-il aussi gentil qu’il y paraît ?

Nous tournons les pages, fébriles, de plus en plus horrifiés par les scènes auxquelles nous assistons et par ce que nous commençons à entre percevoir dans les indices distillés au compte-goutte par Julie Ewa.

Nous partageons le sentiment de colère explosive de Tao :

 

« Elle savait qu’à force de refouler trop de colère, l’esprit finissait par craquer. L’aigreur s’accumulait, saturait la conscience. L’âme devenait fébrile, instable, explosive. Un jour, c’en était trop, le corps entier régurgitait sa rage… Mais un tel déferlement n’était pas anodin. La colère de Tao ressemblait à une avalanche, un torrent de fureur qui devait puiser sa source bien avant la mort de sa mère » (page 352).

 

Nous lisons les derniers chapitres, exangues devant une telle monstruosité.

Est-il possible de faire preuve de résilience face à de telles choses ?

 

« Un vieux texte bouddhiste lui revint à l’esprit. Un vers qui, d’ordinaire, apaisait son cœur : « Patients comme la terre, fermes comme un pilier, limpides comme un lac profond et calme, les sages ne se laissent pas atteindre par les flammes de la colère ou de la peur.

En était-il capable ? » (page 442).

 

Ce thriller magistral doit être lu. Pour toute l’horreur qu’il décrit. Parce que même s’il s’agit d’une fiction, ce qu’il s’y passe arrive réellement.

 

Maintenant, et de manière exceptionnelle, je vais vous parler de manière plus personnelle.

Je ne pense pas être capable de ce calme décrit par le moine bouddhiste. Capable de cacher la colère qui s’est emparée de moi à la lecture de ces atrocités. Capable de supporter que les femmes, les filles soient de tout temps, de toutes coutumes et de tous bords, considérées comme de la marchandise, et là je pèse mes mots.

Je suis en colère.

Je suis en colère qu’à notre époque de telles choses existent.

Je lis ce livre en plein débat sur le harcèlement de rue, les agressions sexuelles.

La femme. Cet être qui donne la vie à nombre de pourritures nées mâles.

Mafieux, religieux, pédophiles, hommes violents par principe, biberonnés à longueur de discours de haine envers la femme, hypnotisés par des images pornographiques leur faisant croire que la femme (comme les enfants) sont des objets dont on peut se servir pour se vider, parce qu’ils pensent en plus elles aiment ça !

Quel est ce monde de dépravés ? Quel est ce monde où l’être humain est devenu un objet qu’on découpe dans des trafics abjects ?

J’ai peur.

J’ai peur pour nos enfants.

 

Prix Sang d’Encre des lycéens 2016

Prix du Polar Historique 2016

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis. Pour connaître son avis, c’est par ici ! Ces moments de lectures partagées sont de vraies parenthèses enrichissantes et vivifiantes. Je le remercie pour ces échanges, et tout particulièrement pour le conseil qu’il m’a donné de suivre mon instinct et de livrer ce que j’avais sur le cœur. Merci Denis.

 

 

Les petites filles, Julie Ewa

 

 

Ce livre participe aux Challenges

 

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Le Pumpkin Autumn Challenge

Thrillers et Polars