Les petites filles, Julie Ewa

Les petites filles, Julie Ewa

 

4ème de couverture

« Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di, en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions (de petites filles essentiellement) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place. Elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle se sent prise au piège. Réseaux d’adoption clandestins, mafia chinoise, trafics d’organes, prostitution… Oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant qui nous conduit au cœur d’une Chine cynique et corrompue, où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter ».

 

L’auteur

Diplômée en philosophie, Julie Ewa est née en 1991 à Altkirch en Alsace. Avec son premier roman, Le Bras du diable, elle remporte le grand prix VSD du polar 2012, décerné par Jean-Christophe Grangé. Son deuxième roman, Les Petites Filles, paru aux éditions Albin Michel, a reçu le Prix du polar historique en 2016.

 

Ce que j’en pense

La Chine, ses rizières, ses paysages de cartes postales, ses coutumes ancestrales…  c’est beau, non ?

Julie Ewa, dans un thriller implacable, va nous démontrer le contraire, et nous mettre face à l’insoutenable.

Une plume alerte, de courts chapitres alternants sur deux époques, 1991 et 2013, nous entraînent dans une histoire stupéfiante, et pourtant basée sur la stricte réalité.

Les petites filles, c’est le récit de la disparition d’une fillette en 1991, dans une Chine où il vaut mieux naître garçon. C’est la loi. Et nombreux sont ceux qui tentent de la transgresser tandis que d’autres lui obéissent à la lettre, se débarrassant coûte que coûte de ces enfants encombrantes.

 

« Les filles sont nées pour souffrir, dommage qu’elles ne soient pas des garçons » Xinran.

 

Charmant, non ?

Malheur à la femme qui mettra au monde un enfant de sexe féminin !

 

« Tu sais ce que tout le monde dit : les filles sont inutiles, elles n’attirent que des ennuis. Une fille est un morceau de chair superflu. Une fille n’est rien » (page 33).

 

Chi-Ni disparaît en 1991, et sa mère fera tout ce qu’elle peut pour la retrouver. Une sombre histoire de Mafia, un père abominable. Où est-elle ? Julie Ewa nous tient en haleine.

En parallèle, Lina arrive pour ses études. A peine est-elle arrivée qu’elle est « recrutée » pour mener l’enquête sur ces mystérieuses disparitions de fillettes. Nous sommes en 2013.

L’auteur brouille les pistes : nous soupçonnons tout le monde. Prostitution enfantine ? Adoptions à l’étranger ? Qui est réellement Lina ? Et Thomas, est-il aussi gentil qu’il y paraît ?

Nous tournons les pages, fébriles, de plus en plus horrifiés par les scènes auxquelles nous assistons et par ce que nous commençons à entre percevoir dans les indices distillés au compte-goutte par Julie Ewa.

Nous partageons le sentiment de colère explosive de Tao :

 

« Elle savait qu’à force de refouler trop de colère, l’esprit finissait par craquer. L’aigreur s’accumulait, saturait la conscience. L’âme devenait fébrile, instable, explosive. Un jour, c’en était trop, le corps entier régurgitait sa rage… Mais un tel déferlement n’était pas anodin. La colère de Tao ressemblait à une avalanche, un torrent de fureur qui devait puiser sa source bien avant la mort de sa mère » (page 352).

 

Nous lisons les derniers chapitres, exangues devant une telle monstruosité.

Est-il possible de faire preuve de résilience face à de telles choses ?

 

« Un vieux texte bouddhiste lui revint à l’esprit. Un vers qui, d’ordinaire, apaisait son cœur : « Patients comme la terre, fermes comme un pilier, limpides comme un lac profond et calme, les sages ne se laissent pas atteindre par les flammes de la colère ou de la peur.

En était-il capable ? » (page 442).

 

Ce thriller magistral doit être lu. Pour toute l’horreur qu’il décrit. Parce que même s’il s’agit d’une fiction, ce qu’il s’y passe arrive réellement.

 

Maintenant, et de manière exceptionnelle, je vais vous parler de manière plus personnelle.

Je ne pense pas être capable de ce calme décrit par le moine bouddhiste. Capable de cacher la colère qui s’est emparée de moi à la lecture de ces atrocités. Capable de supporter que les femmes, les filles soient de tout temps, de toutes coutumes et de tous bords, considérées comme de la marchandise, et là je pèse mes mots.

Je suis en colère.

Je suis en colère qu’à notre époque de telles choses existent.

Je lis ce livre en plein débat sur le harcèlement de rue, les agressions sexuelles.

La femme. Cet être qui donne la vie à nombre de pourritures nées mâles.

Mafieux, religieux, pédophiles, hommes violents par principe, biberonnés à longueur de discours de haine envers la femme, hypnotisés par des images pornographiques leur faisant croire que la femme (comme les enfants) sont des objets dont on peut se servir pour se vider, parce qu’ils pensent en plus elles aiment ça !

Quel est ce monde de dépravés ? Quel est ce monde où l’être humain est devenu un objet qu’on découpe dans des trafics abjects ?

J’ai peur.

J’ai peur pour nos enfants.

 

Prix Sang d’Encre des lycéens 2016

Prix du Polar Historique 2016

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis. Pour connaître son avis, c’est par ici ! Ces moments de lectures partagées sont de vraies parenthèses enrichissantes et vivifiantes. Je le remercie pour ces échanges, et tout particulièrement pour le conseil qu’il m’a donné de suivre mon instinct et de livrer ce que j’avais sur le cœur. Merci Denis.

 

 

Les petites filles, Julie Ewa

 

 

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California Girls, Simon Liberati

California Girls, Simon Liberati, Littérature française, Sharon Tate, Charles Manson, Thriller

 

4ème de couverture

« En 1969 j’avais neuf ans. La Famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire. J’ai grandi avec l’image de trois filles de vingt ans défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ.

Ce fait divers a marqué un tournant historique : la fin de l’utopie des années 1960.

California Girls couvre trente-six heures de la vie de la Famille Manson au moment où elle passe à l’acte. Mon but a été que tout paraisse aller de soi comme dans un roman. J’ai écrit cette histoire pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyre de Sharon Tate ».

 

L’auteur

Simon Liberati est l’auteur de six livres, dont Anthologie des apparitions (2004), Jane Mansfield 1967, prix Femina 2011, Eva (2015) et Les Rameaux noirs (2017).

 

Ce que j’en pense

Cette fois-ci, l’affaire Manson est traitée de manière plus documentaire. Simon Liberati nous livre un roman foisonnant, extrêmement précis et détaillé des quelques jours entourant le meurtre de Sharon Tate par la secte de Manson.

Sa plume est fluide. Mais alors il faut avoir l’habitude de lire de l’horreur ! Dans tous les sens du terme.

Mais ce qui m’a, ce qui nous a, Denis et moi, le plus marqué, ce sont les descriptions salaces.

Effectivement, c’est le festival du sexe dans ce roman. Mais ce qui dérange, en plus du reste, c’est le plaisir que semble prendre l’auteur à décrire les scènes les plus abjectes. Il arrive, par son écriture, à nous transmettre une sorte de jouissance perverse. C’est extrêmement dérangeant.

La description des meurtres est à la hauteur de ce qui a été relaté dans la presse : sauvage.

Quelle est la part de vérité, quelle est la part de fiction ?

Comme pour mon article sur The Girls d’Emma Cline, je reviendrai dans un prochain article de façon plus détaillée et surtout plus globale sur un phénomène qui tend à se généraliser. Vous en saurez plus bientôt.

Que dire de plus sur California Girls ? On sent que l’auteur s’est bien documenté sur le sujet. Il nous fait découvrir de l’intérieur les vrais protagonistes. On regrettera toutefois, une fois de plus, la négligence des Maisons d’Edition qui s’obstinent à ne pas mentionner sur la couverture que des propos peuvent choquer et l’interdire aux mineurs.

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis

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The Girls, Emma Cline

The Girls, Emma Cline, littérature américaine, Sharon Tate, Charles Manson

 

4ème de couverture

« Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Lorsqu’elle ne se dispute pas avec sa seule amie, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté et l’atmosphère d’abandon qui les entourent la fascinent. Séduite par l’aînée, Suzanne, elle se laisse entraîner dans une secte au leader charismatique, Russel. Leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’intégrer. Son obsession pour Suzanne grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable ».

 

L’auteur

Emma Cline est née en Californie en 1989. Ses nouvelles ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du Prix Plimpton 2014. The Girls est son premier roman.

 

Ce que j’en pense

Le moins que je puisse dire, c’est que ce livre nous a marqué, Denis et moi. Nous l’avons lu en LC et nous avons, comme bien souvent, partagé les mêmes sentiments. D’abord décidée à ne pas en parler sur le blog, j’ai peu à peu mûri la chose et j’ai décidé de finalement livrer mon ressenti comme je le fais pour chaque livre que je lis (enfin presque, j’ai un retard considérable dans ma pile de livres à chroniquer).

Je pense reparler de ce livre dans un article qui me semble nécessaire, pour partager une vision plus globale, à la suite de plusieurs lectures.

Pour l’heure, revenons à The Girls.

Emma Cline a une plume assez fluide de prime abord, mais très vite, j’ai senti comme une saccade dans le rythme, quelque chose de moins aisé, parfois redondant, parfois ennuyeux. Est-ce une volonté délibérée de l’auteur ou une maladresse de débutant (ce roman est son premier livre) ?

L’histoire que nous livre ce nouvel auteur mondialement connu est celle d’une adolescente mal dans sa peau, à l’environnement familial conflictuel. Des relations houleuses avec sa mère, un père absent, l’adolescence, le décor est planté. On se trouve dans une atmosphère Amérique profonde, des années concernées, le plus pur cliché.

En toile de fond, la rencontre avec la secte Manson, les assassins de Sharon Tate.

Emma Cline nous fait suivre Evie adolescente, et en parallèle Evie adulte. Les flashbacks à l’envers, si je puis dire, désarçonnent. Ils viennent un peu comme un cheveu sur la soupe, bien qu’ils nous fassent comprendre qu’Evie est un pur personnage de fiction dans l’affaire Sharon Tate.

En fait, ce roman est le roman initiatique d’une adolescente sur la mauvaise pente. Pour la faire courte et ne pas trop vous spoiler l’affaire, elle va se laisser endoctriner par la secte, cédant aux sirènes de la luxure et de la dépravation. Je vous la fais soft, mais certains passages feraient rougir un amateur de porno.

Aussi, j’aurais apprécié que la Maison d’Edition ait la courtoisie la plus élémentaire de mentionner que ce roman contient des propos à caractère sexuel incompatible avec les âmes sensibles ou les mineurs.

J’en viens donc au but : ce livre m’a choquée, dégoûtée, et je l’ai trouvé d’une facilité déconcertante. Ado, sexe, drogue. Le trio gagnant, le trio de notre siècle. Le meurtre n’est qu’un prétexte.

Ce livre a eu un succès phénoménal et je vous avoue que cela me laisse perplexe. Mais vous comprendrez mieux ce que je veux dire dans quelques temps.

Un conseil toutefois : si vous le lisez, ne le laissez pas aux mains des plus jeunes. Je pense que l’on peut avertir les ados des choses de la vie sans leur dire de but en blanc de « pétrir le gland humide de sa queue » (p.226)  ou autre  « humidité salée du sperme dans ma bouche » (p.128).

 

 

Ce livre a été lu dans le cadre de la lecture commune avec Denis

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