La conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole

La conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole

 

4ème de couverture

« A trente ans passés, Ignatius vit encore cloîtré chez sa mère, à la Nouvelle-Orléans. Harassée par ses frasques, celle-ci le somme de trouver du travail. C’est sans compter avec sa silhouette éléphantesque et son arrogance bizarre… Chef-d’œuvre de la littérature américaine, La conjuration des imbéciles offre le génial portrait d’un Don Quichotte yankee inclassable et culte ».

 

L’auteur

John Kennedy Toole est né en 1937. Il ne trouve pas d’éditeur de son vivant pour ses deux romans : La Conjuration des imbéciles et La Bible de néon. Persuadé de n’être qu’un écrivain raté, il se suicide en 1969. Grâce à la détermination de sa mère qui contacte l’écrivain Walker Percy et le convainc de faire publier La Conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole obtient le prix Pulitzer à titre posthume en 1981. La Bible de néon a été adaptée au cinéma par Terence Davies, avec Gena Rowlands, Denis Leary, Diane Scarwid et Jacob Tierney, et présentée en sélection officielle au festival de Cannes 1995.

 

Ce que j’en pense

Ce livre est une révélation ! Un véritable chef-d’œuvre ! Je manque de superlatifs pour décrire Ignatius, le personnage de ce roman aux multiples facettes. A la fois imbuvable, cynique, d’une lucidité implacable, ce célibataire qui vit chez sa mère est un personnage truculent, à nul autre pareil, au culot monstre. Sûr de lui et imbu de lui-même, il maltraite les gens qui l’entourent avec un aplomb qui laisse pantois.

Ce personnage, gageons que la majorité ne pourra pas le blairer. Il est méchant, narcissique, mal élevé (il dit tout ce qui lui passe par la tête, surtout ce qu’il ne faut pas dire).

Mais…

Parce que derrière les personnages tels qu’Ignatius se cache souvent une fragilité, une fêlure. Manque de confiance en soi, relation conflictuelle voire malsaine avec sa mère, intelligence hors-norme, et sensation de médiocrité cachée derrière cette méchanceté et ces kilos en trop.

Ignatius n’est pas à sa place dans ce monde « d’imbéciles », lui qui a un cerveau qui carbure, lui qui comprend plus vite et qui a une vision des choses et du monde.

Un psychologue aurait beaucoup à dire sur ce personnage.

Il est question d’homosexualité latente, de suspicion d’autisme, d’agoraphobie, de somatisation… ce livre est foisonnant.

Au travers de cette galerie de personnages, vous serez entraînés dans un roman qui ne vous laissera pas indifférent. J’avoue sans honte avoir beaucoup ri aux répliques cinglantes d’Ignatius, qui par ailleurs me fait beaucoup penser à certains personnages d’Amélie Nothomb sur l’aspect goinfrerie notamment.

J’aurais beaucoup à dire sur ce roman, mais ce serait le risque de vous dévoiler l’histoire. Je ne peux que vous encourager à vous ruer dessus !

C’est un livre qu’on veut terminer pour savoir la suite, et qu’on ne veut pas terminer parce que l’auteur a fait un boulot colossal !

D’ailleurs, à propos de l’auteur, et si en réalité, Ignatius, c’était lui ?

 

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui » Jonathan Swift.

 

La Conjuration des imbéciles, John Kennedy Toole

Titre original : A Confederacy of Dunces, 1980

Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Carasso

Robert Lafont, 10/18 , 1981, 534 pages

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis, mon cher comparse de lecture. Pour connaître son avis, c’est par ici ! C’est toujours un plaisir de lire avec toi, nos échanges sont toujours enrichissants et nos ressentis très souvent similaires  😀

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Délivrances, Toni Morrison

Délivrances, Toni Morrison

 

4ème de couverture

« Bride est une femme magnifique. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Pourtant, elle a aussi été un choc à sa naissance pour ses parents. La jeune fille est prête à tout pour gagner l’amour de sa mère, même à commettre l’irréparable. Au fil des années, Bride connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge et du fardeau de l’humiliation, elle saura se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité. Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes, et signe une œuvre magistrale et puissante ».

 

L’auteur

Toni Morrison est née en 1931 à Lorain (Ohio) dans une famille ouvrière de quatre enfants. Après des études de lettres et une thèse sur le thème du suicide dans l’œuvre de William Faulkner et de Virginia Woolf, elle fait une carrière de professeur aux universités de Texas Southern, Howard, Yale et Princeton. Après avoir travaillé comme éditrice chez Random House, elle obtient en 1988 le prix Pulitzer avec Beloved. Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 1993. Aujourd’hui retraitée de l’université, Toni Morrison a toujours eu le souci de s’entourer d’artistes contemporains – musiciens, plasticiens, metteurs en scène – avec qui elle a régulièrement collaboré. En septembre 2011, elle a ainsi présenté l’adaptation de son Desdemona par Peter Sellars au théâtre des Amandiers de Nanterre. Elle a été l’invitée d’honneur du festival America de Vincennes en 2012.

 

Ce que j’en pense

Toni Morrison signe ici un roman puissant et intense. Le style est dense, choral, envoûtant. On commence ce livre et on est aspiré par cette histoire poignante de douleur, de souffrances, de drames et de rédemption.

Peut-on se délivrer du fardeau du passé ? Notre destin est-il tracé dès notre naissance dont nous ne maîtrisons rien ? La violence des Hommes nous condamne-t-elle à l’enfermement et à l’isolement de notre propre âme ?

Autant de questions qui sont distillées au fil de ce roman où le destin lié de plusieurs personnages se déroule devant nous, lecteurs impuissants comme ces pauvres hères aux prises avec le poids de leur passé.

Violences subies, abandons, tentatives de se construire ou reconstruire malgré tout et en dépit de tout, les thèmes sont forts et le récit de leur vie nous happe.

Les vies s’entremêlent, les drames sont souvent semblables et pourtant, Toni Morrison nous livre toute la perplexité de l’humain. Qui réagira ainsi, qui réagira comme ça. Rien n’est lié, tout se confond.

Un roman court qui nous laisse à la fois plein de compassion et d’espoir pour ces destins qui auraient pu être (qui seront ?) brisés.

Si Toni Morrison aborde des thématiques qui peuvent choquer dans la manière où le propos semble les rendre banals, voire acceptables, en réalité son approche permet de mieux les dénoncer.

C’est ma première lecture de cet auteur. Et certainement pas la dernière.

 

 

Ce livre participe à la lecture commune avec Denis. Pour lire son avis c’est par ici ! Merci à toi pour ces échanges extrêmement enrichissants  😀

 

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Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, Domaine étranger, Editions 10/18, Littérature japonaise

 

4ème de couverture

« Kafka Tamura, quinze ans, s’enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIème siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au cœur du Japon contemporain ».

 

L’auteur

Né à Kyoto en 1949, Haruki Murakami est le traducteur japonais de Scott Fitzgerald, Raymond Carver et John Irving. Il s’expatrie en Grèce, en Italie puis aux Etats-Unis et, en 1995, il décide de rentrer au Japon après le tremblement de terre de Kobe. Haruki Murakami a rencontré le succès dès la parution de son premier roman, Ecoute le chant du vent (1979), qui lui a valu le prix Gunzo. Suivront notamment Chroniques de l’oiseau à ressort, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Les amants du Spoutnik, Kafka sur le rivage, Le Passage de la nuit. Auteur culte au Japon, son œuvre est traduite dans plus de trente pays.

 

Ce que j’en pense

Haruki Murakami est sans conteste un auteur de talent. Que l’on aime ou que l’on n’adhère pas à son style, on ne pourra pas nier la beauté de ses textes et la fluidité de sa plume.

Son style est limpide, sa prose érudite. Tout au long de son roman, il fera de multiples références culturelles : auteurs, compositeurs, contemporains, mythologiques… Il faudra souvent s’arrêter pour s’interroger.

Kafka sur le rivage, c’est d’abord un roman initiatique. Celui d’un jeune adolescent qui sera sur le chemin de la sagesse, vers sa vie d’adulte. Pour ce faire, il passera par toutes les étapes classiques de la psychanalyse.

Mais chez Murakami, rien n’est « classique ». Ce qui signifie que si vous êtes hermétiques au paranormal, à l’onirisme, à la fantasmagorie et autres métaphores, vous allez vraiment avoir les poils qui se hérissent à la lecture de ce livre.

Il faut garder l’esprit ouvert et ne pas avoir peur de se poser des questions. Comprendre où veut en venir l’auteur est une vraie gageure. D’ailleurs, je me suis souvent posée la question de savoir si Murakami lui-même savait où il voulait en venir. Il aborde des thèmes qu’il laisse souvent en suspens. Il nous amène sur une piste, puis l’abandonne sitôt que le poisson (nous) est ferré. C’est perturbant, quoique stimulant.

On reste souvent sur sa faim. En même temps, Murakami garde le cap et nous mène exactement où il veut… ou pas  😀

Des destins s’entremêlent, Kafka et Nakata, deux âges, deux périodes, le début, la fin. L’un, devenu idiot, qui SAIT mais qui vit au jour le jour et prend les choses comme elles viennent, l’autre, plein de vivacité, mais qui anticipe un futur angoissant et se projette dans le pire sans savoir où il va.

Ce roman est peut-être, d’ailleurs, de par ses interrogations multiples sans réponse apparente, le reflet de l’adolescence. Il est une métaphore à lui seul.

Perturbant, mais du grand art.

 

Ce livre a été lu (et décortiqué, et questionné dans tous les sens !) en lecture commune avec Denis. Son scepticisme et le mien (et pourtant, je suis légèrement accro à tout ce qui est paranormal), en ont pris un coup. Nous ne sommes toujours pas remis des sangsues qui pleuvent du ciel  😀

 

Haruki Murakami

 

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

Editions 10/18 – Domaine étranger – 638 pages – juin 2007

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Titre original : Umibe no Kafuka (2003)

Première édition française : Belfond 2006

 

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