King Kong Theorie, Virginie Despentes

King Kong Theorie, Virginie Despentes, Chroniques Littéraires, Féminisme

4ème de couverture

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire ».

 

L’autrice

Virginie Despentes publie son premier roman, Baise-moi, en 1993. Il est traduit dans plus de vingt pays. Suivront Les Chiennes savantes, en 1995, puis Les Jolies Choses en 1998, aux Editions Grasset, prix de Flore et adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner avec Marion Cotillard et Stomy Bugsy en 2000. Elle publie Teen Spirit en 2002, adapté au cinéma par Olivier de Pias, sous le titre Tel père, telle fille, en 2003, avec Vincent Elbaz et Elodie Bouchez. Bye Bye Blondie est publié en 2004 et Virginie Despentes réalise son adaptation en 2011, avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Soko et Pascal Greggory. En 2010, Apocalypse bébé obtient le prix Renaudot. Virginie Despentes a également publié cet essai, King Kong Théorie, qui a obtenu le Lambda Literary Award for LGBT Non Fiction en 2011. Elle a réalisé sur le même sujet un documentaire, Mutantes, Féminisme Porno Punk, qui a été couronné en 2011 par le prix CHE du London Lesbian and Gay Film Festival.

 

Ce que j’en pense

Amoureux des ambiances feutrées et du vocabulaire doux et bienséant, passez votre chemin ou accrochez-vous bien ! Virginie Despentes ne fait pas dans la dentelle. Vocabulaire trash, débit de mitraillette, ce livre est un uppercut.

Mais ce n’est malheureusement pas pour faire du genre ou choquer gratuitement. Elle décrit sans complaisance ce qu’il se passe dans notre société soi-disant évoluée.

Féminisme, lutte contre l’hypocrisie, elle n’y va pas de main morte et vous savez quoi ? Elle a parfaitement raison !

Ce n’est pas en faisant la politique de l’autruche que les choses avanceront et encore moins que nos droits difficilement acquis nous le resteront.

On peut ne pas être d’accord avec tout ce qui est écrit dans ce cours essai, néanmoins, force est de constater qu’un tel écrit est nécessaire.

On pourra noter quelques passages un peu fouillis, mais on sent qu’elle a écrit avec ses tripes, comme si elle l’avait fait d’une seule traite.

Prenez votre élan, mettez vos a priori de côté et foncez !

Il est à noter toutefois que le vocabulaire très cru empêche de mettre ce livre dans toutes les mains (enfants, jeunes ados).

Ce livre est la voix de toutes les femmes, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent.

 

King Kong Theorie, Virginie Despentes, Chroniques Littéraires, Féminisme

King Kong Theorie, Virginie Despentes

(Le Livre de Poche – 145 pages – 2018)

Editions Grasset – 2006

 

 

Ce livre participe au Challenge FeminiBooks

 

Challenge FeminiBooks, Féminisme

 

 

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La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, Laetitia Colombani, Chroniques Littéraires, Contemporain, Féminisme

4ème de couverture

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre.

Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

L’auteur

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, A la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

 

Ce que j’en pense

Ce petit livre m’attendait sagement dans ma PAL depuis quelques temps. Je lui tournais autour, je le prenais, le reposais, hésitais. Encensé par certains, alors que d’autres avaient un avis mitigé, que recelaient ces 238 pages ?

Avec sa plume incisive, ses phrases rythmées ici comme le battement d’un cœur au gré des émotions ressenties, là comme la lassitude et la résignation envers la vie, Laetitia Colombani nous entraîne dans une célébration de la force et du courage féminin avec grâce et puissance. Ses phrases et ses chapitres courts, ses mots choisis, précis comme un métronome, nous délivrent un message qui nous marquera.

Trois femmes aux vies et aux milieux différents vont voir leur vie bouleversée par de sombres évènements. Nous assisterons à leur formidable résilience, leur envie de vivre, de braver les interdits, de lutter contre leur condition.

Un lien inattendu liera ces femmes.

 

J’aime ces heures solitaires, ces heures où mes mains dansent.

C’est un étrange ballet que celui de mes doigts.

Ils écrivent une histoire de tresse et d’entrelacs.

Cette histoire est la mienne.

 

Pourtant elle ne m’appartient pas.

 

Au-delà de ça, nous ne pourrons pas ignorer combien de par le monde des femmes sont encore traitées de manière déplorable, insupportable. Nous ne pourrons résister à l’envie et au besoin de nous révolter contre toutes ces violences faites aux Femmes simplement parce qu’elles sont nées Femmes. Nous ne pourrons oublier que peu importe le lieu de naissance, peu importe les conditions de vie, la Femme est encore bien souvent considérée comme un rien, un bien et non pas un être humain digne de respect.

Nous serons choqués par les conditions de vie de certaines femmes, ce contraste saisissant que tout le monde sait mais sur lequel on pose le voile pudique de l’indifférence.

Nous nous demanderons pourquoi nous avons laissé faire.

Et nous aurons envie, enfin, de nous élever contre ces discriminations, cette indignité, et de lutter, telles Smita, Sarah et Giulia, contre la fatalité.

Lisez-le. Ouvrez les yeux. Le combat des Femmes n’est pas terminé.

 

Coup de coeur !

 

 

La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, de Laetitia Colombani

(Le Livre de Poche – 238 pages – mars 2018)

Première édition française : 2017 (Editions Grasset & Fasquelle)

 

Prix Relay des voyageurs lecteurs

Trophée littéraire des Femmes de l’économie

Globe de cristal du meilleur roman

 

Les petites filles, Julie Ewa

Les petites filles, Julie Ewa

 

4ème de couverture

« Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di, en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions (de petites filles essentiellement) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place. Elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle se sent prise au piège. Réseaux d’adoption clandestins, mafia chinoise, trafics d’organes, prostitution… Oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant qui nous conduit au cœur d’une Chine cynique et corrompue, où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter ».

 

L’auteur

Diplômée en philosophie, Julie Ewa est née en 1991 à Altkirch en Alsace. Avec son premier roman, Le Bras du diable, elle remporte le grand prix VSD du polar 2012, décerné par Jean-Christophe Grangé. Son deuxième roman, Les Petites Filles, paru aux éditions Albin Michel, a reçu le Prix du polar historique en 2016.

 

Ce que j’en pense

La Chine, ses rizières, ses paysages de cartes postales, ses coutumes ancestrales…  c’est beau, non ?

Julie Ewa, dans un thriller implacable, va nous démontrer le contraire, et nous mettre face à l’insoutenable.

Une plume alerte, de courts chapitres alternants sur deux époques, 1991 et 2013, nous entraînent dans une histoire stupéfiante, et pourtant basée sur la stricte réalité.

Les petites filles, c’est le récit de la disparition d’une fillette en 1991, dans une Chine où il vaut mieux naître garçon. C’est la loi. Et nombreux sont ceux qui tentent de la transgresser tandis que d’autres lui obéissent à la lettre, se débarrassant coûte que coûte de ces enfants encombrantes.

 

« Les filles sont nées pour souffrir, dommage qu’elles ne soient pas des garçons » Xinran.

 

Charmant, non ?

Malheur à la femme qui mettra au monde un enfant de sexe féminin !

 

« Tu sais ce que tout le monde dit : les filles sont inutiles, elles n’attirent que des ennuis. Une fille est un morceau de chair superflu. Une fille n’est rien » (page 33).

 

Chi-Ni disparaît en 1991, et sa mère fera tout ce qu’elle peut pour la retrouver. Une sombre histoire de Mafia, un père abominable. Où est-elle ? Julie Ewa nous tient en haleine.

En parallèle, Lina arrive pour ses études. A peine est-elle arrivée qu’elle est « recrutée » pour mener l’enquête sur ces mystérieuses disparitions de fillettes. Nous sommes en 2013.

L’auteur brouille les pistes : nous soupçonnons tout le monde. Prostitution enfantine ? Adoptions à l’étranger ? Qui est réellement Lina ? Et Thomas, est-il aussi gentil qu’il y paraît ?

Nous tournons les pages, fébriles, de plus en plus horrifiés par les scènes auxquelles nous assistons et par ce que nous commençons à entre percevoir dans les indices distillés au compte-goutte par Julie Ewa.

Nous partageons le sentiment de colère explosive de Tao :

 

« Elle savait qu’à force de refouler trop de colère, l’esprit finissait par craquer. L’aigreur s’accumulait, saturait la conscience. L’âme devenait fébrile, instable, explosive. Un jour, c’en était trop, le corps entier régurgitait sa rage… Mais un tel déferlement n’était pas anodin. La colère de Tao ressemblait à une avalanche, un torrent de fureur qui devait puiser sa source bien avant la mort de sa mère » (page 352).

 

Nous lisons les derniers chapitres, exangues devant une telle monstruosité.

Est-il possible de faire preuve de résilience face à de telles choses ?

 

« Un vieux texte bouddhiste lui revint à l’esprit. Un vers qui, d’ordinaire, apaisait son cœur : « Patients comme la terre, fermes comme un pilier, limpides comme un lac profond et calme, les sages ne se laissent pas atteindre par les flammes de la colère ou de la peur.

En était-il capable ? » (page 442).

 

Ce thriller magistral doit être lu. Pour toute l’horreur qu’il décrit. Parce que même s’il s’agit d’une fiction, ce qu’il s’y passe arrive réellement.

 

Maintenant, et de manière exceptionnelle, je vais vous parler de manière plus personnelle.

Je ne pense pas être capable de ce calme décrit par le moine bouddhiste. Capable de cacher la colère qui s’est emparée de moi à la lecture de ces atrocités. Capable de supporter que les femmes, les filles soient de tout temps, de toutes coutumes et de tous bords, considérées comme de la marchandise, et là je pèse mes mots.

Je suis en colère.

Je suis en colère qu’à notre époque de telles choses existent.

Je lis ce livre en plein débat sur le harcèlement de rue, les agressions sexuelles.

La femme. Cet être qui donne la vie à nombre de pourritures nées mâles.

Mafieux, religieux, pédophiles, hommes violents par principe, biberonnés à longueur de discours de haine envers la femme, hypnotisés par des images pornographiques leur faisant croire que la femme (comme les enfants) sont des objets dont on peut se servir pour se vider, parce qu’ils pensent en plus elles aiment ça !

Quel est ce monde de dépravés ? Quel est ce monde où l’être humain est devenu un objet qu’on découpe dans des trafics abjects ?

J’ai peur.

J’ai peur pour nos enfants.

 

Prix Sang d’Encre des lycéens 2016

Prix du Polar Historique 2016

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis. Pour connaître son avis, c’est par ici ! Ces moments de lectures partagées sont de vraies parenthèses enrichissantes et vivifiantes. Je le remercie pour ces échanges, et tout particulièrement pour le conseil qu’il m’a donné de suivre mon instinct et de livrer ce que j’avais sur le cœur. Merci Denis.

 

 

Les petites filles, Julie Ewa

 

 

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