Mon Père, Grégoire Delacourt

Mon Père, Grégoire Delacourt, Chroniques Littéraires

 

4ème de couverture

« Ce monde ne sera guéri

Que lorsque les victimes seront nos Rois… »

 

Je me suis toujours demandé ce que je ferais si quelqu’un attentait à l’un de mes enfants. Quel père je serais. Quelle force, quelle faiblesse. Et tandis que je cherchais la réponse, une autre question a surgi : sommes-nous capables de protéger nos fils ? »

 

L’auteur

Grégoire Delacourt est l’auteur de sept romans, tous publiés chez Lattès. En 2011, il publie son premier roman avec L’Écrivain de la famille puis, en 2012, son premier best-seller avec La Liste de mes envies, traduit dans 35 pays. Suivent ensuite La Première chose qu’on regarde en 2013, On ne voyait que le bonheur en 2014, Les Quatre saisons de l’été en 2015, Danser au bord de l’abîme en 2017, et La Femme qui ne vieillissait pas, en 2018.

 

Ce que j’en pense

J’attendais énormément de ce roman. Son titre circulait beaucoup sur la blogosphère, Instagram et facebook, et au vu du sujet et de la 4ème de couverture, je m’attendais à un livre puissant, fort et qui prend aux tripes.

Je me suis préparée à pleurer, à être révoltée, en colère, à dévorer les pages pour savoir le sort réservé à un tel monstre.

Je m’attendais à des scènes fortes, un combat de titans entre un père et le violeur de son enfant.

Je m’attendais à des dialogues percutants.

En fait, dès les premières pages, j’ai compris que c’était tout le contraire qui m’attendait.

En toute franchise, ce livre est d’un ennui !

Fouilli, on saute du coq à l’âne, les deux tiers du roman sont consacrés au père de l’enfant et à sa jeunesse, le couple qu’il formait avec la mère du petit, la relation avec son propre père. On se demande si un jour confrontation il y aura…

Des phrases m’ont donné envie de jeter le livre à travers la pièce.

Pour un tel sujet on pourrait penser que c’est à cause des abominations subies par cet enfant (abominations qui, elles, sont bien décrites au cas où on n’aurait pas compris de quoi il s’agit…). Pas du tout. J’ai eu envie de jeter le livre lorsque l’auteur suggère que la séparation des parents est une sorte de « responsable » :

« C’est à partir de là que ses os ont commencé à mollir, privé qu’il était du lait de ses parents réunis.

A partir de là que son cœur est devenu poreux et sa peau un buvard que les mots emmiellés du Père pénètreraient un jour » (page 114).

Est-ce possible d’écrire une absurdité pareille ?!

Comme si les victimes de pédophiles n’étaient que des enfants de divorcés !

Comme si le fait d’avoir ses parents encore mariés ensemble préservait un enfant de la libido bestiale et de la déviance de ces monstres lubriques !

C’est bien connu, seuls les enfants de parents séparés se font violer… !

Quand on veut délivrer un message fort et puissant (en se servant de l’actualité pour booster ses ventes et faire du buzz), autant bosser son sujet.

L’écriture est irrégulière, très psalmodiée. Sauf à la fin, où l’auteur fait prendre subitement à ses personnages un ton « classique » (faut croire que c’est plus facile pour écrire les scènes de sexe…).

Dénoncer la pédophilie au sein de l’Eglise est une chose, mais il ne faudrait pas en devenir ridicule dans ses propos.

Mes mots sont peut-être durs. Je n’ai pas pour habitude de « casser » un livre / auteur. Mais là j’estime que la qualité n’y est pas.

Bon timing commercial au vu de l’actualité, mais zéro pointé sur le sujet.

On remerciera également la maison d’édition qui n’avertit nulle part que des propos sexuellement explicites et choquants (concernant un enfant) sont contenus dans les pages.

 

 

 

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King Kong Theorie, Virginie Despentes

King Kong Theorie, Virginie Despentes, Chroniques Littéraires, Féminisme

4ème de couverture

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire ».

 

L’autrice

Virginie Despentes publie son premier roman, Baise-moi, en 1993. Il est traduit dans plus de vingt pays. Suivront Les Chiennes savantes, en 1995, puis Les Jolies Choses en 1998, aux Editions Grasset, prix de Flore et adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner avec Marion Cotillard et Stomy Bugsy en 2000. Elle publie Teen Spirit en 2002, adapté au cinéma par Olivier de Pias, sous le titre Tel père, telle fille, en 2003, avec Vincent Elbaz et Elodie Bouchez. Bye Bye Blondie est publié en 2004 et Virginie Despentes réalise son adaptation en 2011, avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Soko et Pascal Greggory. En 2010, Apocalypse bébé obtient le prix Renaudot. Virginie Despentes a également publié cet essai, King Kong Théorie, qui a obtenu le Lambda Literary Award for LGBT Non Fiction en 2011. Elle a réalisé sur le même sujet un documentaire, Mutantes, Féminisme Porno Punk, qui a été couronné en 2011 par le prix CHE du London Lesbian and Gay Film Festival.

 

Ce que j’en pense

Amoureux des ambiances feutrées et du vocabulaire doux et bienséant, passez votre chemin ou accrochez-vous bien ! Virginie Despentes ne fait pas dans la dentelle. Vocabulaire trash, débit de mitraillette, ce livre est un uppercut.

Mais ce n’est malheureusement pas pour faire du genre ou choquer gratuitement. Elle décrit sans complaisance ce qu’il se passe dans notre société soi-disant évoluée.

Féminisme, lutte contre l’hypocrisie, elle n’y va pas de main morte et vous savez quoi ? Elle a parfaitement raison !

Ce n’est pas en faisant la politique de l’autruche que les choses avanceront et encore moins que nos droits difficilement acquis nous le resteront.

On peut ne pas être d’accord avec tout ce qui est écrit dans ce cours essai, néanmoins, force est de constater qu’un tel écrit est nécessaire.

On pourra noter quelques passages un peu fouillis, mais on sent qu’elle a écrit avec ses tripes, comme si elle l’avait fait d’une seule traite.

Prenez votre élan, mettez vos a priori de côté et foncez !

Il est à noter toutefois que le vocabulaire très cru empêche de mettre ce livre dans toutes les mains (enfants, jeunes ados).

Ce livre est la voix de toutes les femmes, quelles qu’elles soient, d’où qu’elles viennent.

 

King Kong Theorie, Virginie Despentes, Chroniques Littéraires, Féminisme

King Kong Theorie, Virginie Despentes

(Le Livre de Poche – 145 pages – 2018)

Editions Grasset – 2006

 

 

Ce livre participe au Challenge FeminiBooks

 

Challenge FeminiBooks, Féminisme

 

 

La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, Laetitia Colombani, Chroniques Littéraires, Contemporain, Féminisme

4ème de couverture

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre.

Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

L’auteur

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, A la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

 

Ce que j’en pense

Ce petit livre m’attendait sagement dans ma PAL depuis quelques temps. Je lui tournais autour, je le prenais, le reposais, hésitais. Encensé par certains, alors que d’autres avaient un avis mitigé, que recelaient ces 238 pages ?

Avec sa plume incisive, ses phrases rythmées ici comme le battement d’un cœur au gré des émotions ressenties, là comme la lassitude et la résignation envers la vie, Laetitia Colombani nous entraîne dans une célébration de la force et du courage féminin avec grâce et puissance. Ses phrases et ses chapitres courts, ses mots choisis, précis comme un métronome, nous délivrent un message qui nous marquera.

Trois femmes aux vies et aux milieux différents vont voir leur vie bouleversée par de sombres évènements. Nous assisterons à leur formidable résilience, leur envie de vivre, de braver les interdits, de lutter contre leur condition.

Un lien inattendu liera ces femmes.

 

J’aime ces heures solitaires, ces heures où mes mains dansent.

C’est un étrange ballet que celui de mes doigts.

Ils écrivent une histoire de tresse et d’entrelacs.

Cette histoire est la mienne.

 

Pourtant elle ne m’appartient pas.

 

Au-delà de ça, nous ne pourrons pas ignorer combien de par le monde des femmes sont encore traitées de manière déplorable, insupportable. Nous ne pourrons résister à l’envie et au besoin de nous révolter contre toutes ces violences faites aux Femmes simplement parce qu’elles sont nées Femmes. Nous ne pourrons oublier que peu importe le lieu de naissance, peu importe les conditions de vie, la Femme est encore bien souvent considérée comme un rien, un bien et non pas un être humain digne de respect.

Nous serons choqués par les conditions de vie de certaines femmes, ce contraste saisissant que tout le monde sait mais sur lequel on pose le voile pudique de l’indifférence.

Nous nous demanderons pourquoi nous avons laissé faire.

Et nous aurons envie, enfin, de nous élever contre ces discriminations, cette indignité, et de lutter, telles Smita, Sarah et Giulia, contre la fatalité.

Lisez-le. Ouvrez les yeux. Le combat des Femmes n’est pas terminé.

 

Coup de coeur !

 

 

La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, de Laetitia Colombani

(Le Livre de Poche – 238 pages – mars 2018)

Première édition française : 2017 (Editions Grasset & Fasquelle)

 

Prix Relay des voyageurs lecteurs

Trophée littéraire des Femmes de l’économie

Globe de cristal du meilleur roman