La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, Laetitia Colombani, Chroniques Littéraires, Contemporain, Féminisme

4ème de couverture

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre.

Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

L’auteur

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, A la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.

 

Ce que j’en pense

Ce petit livre m’attendait sagement dans ma PAL depuis quelques temps. Je lui tournais autour, je le prenais, le reposais, hésitais. Encensé par certains, alors que d’autres avaient un avis mitigé, que recelaient ces 238 pages ?

Avec sa plume incisive, ses phrases rythmées ici comme le battement d’un cœur au gré des émotions ressenties, là comme la lassitude et la résignation envers la vie, Laetitia Colombani nous entraîne dans une célébration de la force et du courage féminin avec grâce et puissance. Ses phrases et ses chapitres courts, ses mots choisis, précis comme un métronome, nous délivrent un message qui nous marquera.

Trois femmes aux vies et aux milieux différents vont voir leur vie bouleversée par de sombres évènements. Nous assisterons à leur formidable résilience, leur envie de vivre, de braver les interdits, de lutter contre leur condition.

Un lien inattendu liera ces femmes.

 

J’aime ces heures solitaires, ces heures où mes mains dansent.

C’est un étrange ballet que celui de mes doigts.

Ils écrivent une histoire de tresse et d’entrelacs.

Cette histoire est la mienne.

 

Pourtant elle ne m’appartient pas.

 

Au-delà de ça, nous ne pourrons pas ignorer combien de par le monde des femmes sont encore traitées de manière déplorable, insupportable. Nous ne pourrons résister à l’envie et au besoin de nous révolter contre toutes ces violences faites aux Femmes simplement parce qu’elles sont nées Femmes. Nous ne pourrons oublier que peu importe le lieu de naissance, peu importe les conditions de vie, la Femme est encore bien souvent considérée comme un rien, un bien et non pas un être humain digne de respect.

Nous serons choqués par les conditions de vie de certaines femmes, ce contraste saisissant que tout le monde sait mais sur lequel on pose le voile pudique de l’indifférence.

Nous nous demanderons pourquoi nous avons laissé faire.

Et nous aurons envie, enfin, de nous élever contre ces discriminations, cette indignité, et de lutter, telles Smita, Sarah et Giulia, contre la fatalité.

Lisez-le. Ouvrez les yeux. Le combat des Femmes n’est pas terminé.

 

Coup de coeur !

 

 

La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, de Laetitia Colombani

(Le Livre de Poche – 238 pages – mars 2018)

Première édition française : 2017 (Editions Grasset & Fasquelle)

 

Prix Relay des voyageurs lecteurs

Trophée littéraire des Femmes de l’économie

Globe de cristal du meilleur roman

 

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Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

 

4ème de couverture

« Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXème siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d’un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Chœur vibrant, leurs voix s’élèvent pour raconter l’exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l’humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l’oubli ».

 

L’auteur

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art à l’université de Yale, elle abandonne finalement la peinture pour se consacrer entièrement à l’écriture. Son premier roman, Quand l’empereur était un dieu, est largement inspiré de la vie de ses grands-parents et a été primé de très nombreuses fois. Son deuxième roman, Certaines n’avaient jamais vu la mer, a été considéré aux Etats-Unis comme un véritable chef-d’œuvre. Il fut par ailleurs récompensé, entre autres, par le prix Femina étranger dès sa parution en France.

 

Ce que j’en pense

J’ai lu ce roman en lecture commune avec Denis. La première chose qui nous interpellé, c’est le titre. Ou plutôt « les » titres. En effet, le titre de ce roman en anglais est The Buddha in the Attic. Rien à avoir avec Certaines n’avaient jamais vu la mer. Pourquoi une telle dissemblance ? Erreur de traduction ? Pas du tout. En fait, on comprend mieux la raison de ce choix en lisant le livre. La référence à Bouddha est aisée, c’est la religion de ces femmes, leur référence à Bouddha est récurrente. C’est leur point de ralliement, la boussole dans leurs vies désolées. Cette référence à la religion cadre mieux avec la mentalité américaine, qui fait référence à Dieu (y compris les hommes politiques). Les américains sont plus réceptifs au sacré. En revanche, le titre français, lui, fait plus référence aux femmes dans le sens où elles étaient pour la plupart très novices, très innocentes, de vraies victimes potentielles en quelque sorte. Si on comprend mieux le rattachement à cette notion par rapport à notre société portée sur la liberté, la connaissance et l’émancipation de la femme, on ne peut que bondir : c’est terriblement réducteur que de penser que les femmes sont des proies faciles pour des hommes sans scrupules. Et pourtant… c’est tout à fait ça. Et dans notre société, et dans ce court roman.

La lecture de ce livre est à la fois simple et complexe. C’est la mise en lumière d’une partie sombre de l’histoire américaine, lorsque les japonais servaient de main-d’œuvre à bas-prix (gratuite en fait). On se servait d’eux, d’elles. Ce livre est le récit de cette réification de la femme (femme réduite à un objet).

En effet, dès le début, nous comprenons que des centaines (des milliers ?) de femmes partiront pour les Etats-Unis afin de se marier. Elles sont convaincues que le sacrifice de leur départ, parfois même en laissant un enfant derrière elle, vaut le coup parce qu’elles vont épouser de riches hommes d’affaires, des hommes « biens ». Or, il n’en est rien. Elles ont été vendues à des agriculteurs, à des hommes violents, à des hommes biens mais pauvres… On leur a menti. Leur vie sera pour la plupart un calvaire. Pour d’autres cela se passera mieux.

Pourquoi ce livre est complexe puisque c’est la simple histoire immémoriale de l’humanité, le plus fort contre le plus faible ? Parce que l’auteur a pris le parti d’unir les voix de ces femmes en une seule et unique : « Nous ». Tout au long du roman, l’auteur s’exprime à la première personne du pluriel pour désigner ces victimes. Elles sont anonymes même si des prénoms surgiront, ça et là. A la manière des tragédies grecques, du chœur dans les drames de Sophocle, Julie Otsuka nous livre un texte incantatoire (mot très justement mentionné sur la 4ème de couverture). Ce chant vibrant comme ceux des esclaves à une époque pas si éloignée, cette rengaine entêtante qui envahit et… qui finit par lasser.

C’est bien sympa un moment, mais l’absence de personnage à qui se raccrocher finit par devenir soporifique. Un chapitre toutefois donne une claque. Et pas petite la claque. Rien que pour ce chapitre, ce livre devrait être lu. Encore plus en ce moment avec la situation politique mondiale et nationale.

Ce chapitre est celui intitulé « Traîtres ». C’est l’aspect politique du livre. Et ce qui m’a choquée, interpellée (vous comprenez l’idée générale), c’est cette répétition extraordinairement horrible de l’histoire :

 

« Et nous nous sommes demandé pourquoi nous avions si longtemps tenu à conserver ce mode de vie étranger. Nous leur avons inspiré la haine » (page 96).

 

« Dans les journaux et à la radio, on commençait à parler de déportation de masse » (page 102).

 

Ca vous rappelle pas quelque chose par hasard ?

L’auteur a-t-elle volontairement écrit ces mots pour la seule période américano-japonaise ou pour l’histoire mondiale ? Je ne sais pas. Elle seule peut le dire. Néanmoins, cela fait froid dans le dos.

Ce livre n’est pas parfait. Il peut être agaçant, laisser sur sa faim. Mais il aura au moins le mérite de mettre l’accent sur ce dont l’Homme est capable dans toute son horreur.

 

 

Ce livre a été lu en lecture commune avec Denis, mon comparse de LC. J’en profite pour le remercier, c’est un réel plaisir que d’échanger avec lui sur nos lectures.

Pour lire son avis, c’est par ici !  😀

 

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